S’étirant au centre du Poitou, entre la Vienne et la Vendée, le département des Deux-Sèvres respire la tranquillité et abrite une véritable perle : le marais poitevin, qui pousse les sapeurs-pompiers à intervenir dans des conditions bien particulières...
Le 23 juin 2002, une calèche avec deux juments se renverse d’un bac et tombe dans un des méandres du marais poitevin. Les bêtes ne seront pas secourues à temps par les sapeurs-pompiers, mais l’incident n’est pas isolé dans le département. Il n’est pas rare que des animaux meurent noyés, et depuis longtemps déjà les sapeurs-pompiers sont rompus au difficile et délicat sauvetage d’animaux. Une forme d’intervention plutôt fascinante qui ne consiste pas seulement à « secourir des victimes ou des animaux ». Le marais poitevin, magnifique site classé de 5 600 hectares (80 000 hectares en totalité, car il touche la Vendée et la Charente-Maritime), tortueux et traversé par des canaux, des conches et autres bras d’eau, est un lieu de mystère et de brume, où parfois les touristes se perdent (700 000 visiteurs chaque année). « Quand une vache tombe à l’eau, nous pratiquons une technique qui nous est propre », explique le sergent Stéphane Rey, plongeur professionnel au CSP de Niort, situé non loin du marais. « Quand une portion de terre entourée par les conches est inondée et que des vaches du marais s’y trouvent, le but est d’attraper une des bêtes et après le reste suit », ajoute le lieutenant Christian Leyondre, sapeur-pompier professionnel dans le même CSP. Lorsque les plongeurs partent en reconnaissance (le Sdis compte une trentaine de plongeurs pour 30 interventions en 2002 au CSP de Niort, où ils sont basés), dans les cas où par exemple une voiture est tombée à l’eau, ils se munissent d’une combinaison équipée avec un scaphandre. Ils s’entraînent également à Saint-Lin, dans le centre des Deux-Sèvres, dans d’anciennes carrières remplies d’eau. Au fond de ces couloirs souterrains, les plongeurs apprennent à maîtriser leur matériel à côté des restes de rails et de cabanes du temps où les carrières fonctionnaient. « Pour en revenir au sauvetage d’animaux, ajoute le sergent Rey, on est aussi obligé de les calmer quand il y a un accident : en effet, une vache se fatigue très vite dans l’eau. Alors on se met à côté et on la rassure comme on le ferait avec un enfant ! Une fois ramenée au bord, nous lui passons une sangle sous le ventre, et souvent des agriculteurs viennent la soulever avec une tractopelle. » Les chevaux, eux, sont plus nerveux. Ils s’agitent très vite et il n’est pas rare qu’un sapeur-pompier se blesse en recevant un coup de tête...
Le recoin pittoresque du marais ne saurait cacher les autres spécificités des Deux-Sèvres, département centré sur l’Arc atlantique. Il emprunte son nom à deux cours d’eau de moyenne importance : la Sèvre nantaise et la Sèvre niortaise. D’une superficie de 6 000 km2, de forme rectangulaire, et verticale, il s’étend du nord au sud sur 125 km et de 45 à 70 km d’ouest en est. La partie méridionale des Deux-Sèvres qui comprend au sud-ouest les marais, est formée de plaines calcaires. Autrefois inondée par la mer, cette partie du territoire a été assainie à partir du 12e siècle. La partie nord appartient en majeure partie au massif Armoricain : elle se caractérise par une région bocagère et de gâtine (terre marécageuse). Le département pourrait, à l’instar de la Belgique, se faire appeler le « plat pays » : le point culminant atteint 271 mètres, au « terrier du Fouilloux ». Avec 308 communes réparties sur trois arrondissements, les Deux-Sèvres possèdent une autre spécificité : le département est le berceau de la mutualité en France. Niort en est la ville phare, de réputation mondiale puisque de très nombreux immeubles portent les enseignes bien connues : la MACIF, la MAIF, la MAAF, Groupama, etc. En tout, le secteur de l’assurance représente 6 000 emplois. Parthenay, plus au nord, est la ville de l’Internet. A côté de ces pôles tertiaires, le reste du département est rural. Peu peuplé avec 344 300 habitants, le département compte 9 900 exploitations agricoles pour la production de végétaux, de lait et d’élevage (le département produit aussi 20 % des melons français). Et environ 5 500 entreprises artisanales ont pignon sur rue. Deux autoroutes traversent le territoire (87 km d’autoroute), lui permettant d’être en plein dans l’axe Londres-Madrid et Paris-Bordeaux : l’A10 (Paris-Bordeaux) et l’A83 (Nantes-Niort). Six compagnies de pompiers partagent le département. Celle de Niort, chef-lieu, est la plus importante, avec une population défendue de 119 082 habitants. En tout, 199 sapeurs-pompiers professionnels et 1 659 SP volontaires couvrent le territoire. Les sites les plus à risques sont principalement ceux liés à l’agriculture, comme les dépôts phytosanitaires à Thouars (au nord du département) et Saint-Symphorien, les dépôts d’ammoniac agricole, les laiteries et les fromageries. Six sites classés Seveso présentent des risques industriels. L’un d’eux est implanté près de Melle. La SIGAP Ouest (dépôt de gaz liquéfié-GPL) située en zone périurbaine de Niort, présente également un risque d’incendie en cas de fuite. Depuis la départementalisation, les Deux-Sèvres poursuivent un fonctionnement particulier : « Les bâtiments des centres de première intervention (CPI) sont restés communaux et les autres ont tous été rattachés au corps départemental, explique le lt-colonel Yvon Trépos, directeur départemental. Ce fonctionnement est très satisfaisant et cela nous a permis de conserver les 40 CPI, qui sont tous justifiés », ajoute-t-il.
Anne Baronnet, SPV passionnée |
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Depuis 1998, le département pratique « une politique hygiène et sécurité ». Il s’agit de réduire au maximum les accidents en service ou pendant les entraînements. « Nous avions remarqué depuis quelques années déjà que le nombre d’accidents en service était trop élevé , précise le commandant Dominique Pescher, chef du groupement des ressources humaines. Entre 1998 et 2002, le nombre de jours d’arrêt de travail liés à ces accidents a baissé de moitié », se félicite-t-il. Le secret de ce progrès ? « On a travaillé sur un meilleur encadrement du sport, sur une meilleure hygiène dans les VSAV en retour d’intervention et sur une conduite routière plus appropriée dans les situations d’urgence. » Résultat : le nombre d’arrêts de travail a diminué de moitié en quatre ans chez les SPV (52 jours d’arrêt moyen en 1998, contre 21 en 2002) et d’un tiers chez les SPP (32 jours en 1998, contre 17 en 2002). Les séances de sport sont davantage encadrées, les échauffements obligatoires. Et un plan d’accident de la route est mis sur les rails.
Si les problèmes de disponibilité des volontaires sont le lot commun de tous les Sdis de France, la façon de négocier les temps réservés aux pompiers est innovante et concluante dans les Deux-Sèvres. Le Sdis a embauché en octobre 1999 une jeune femme rattachée au développement du volontariat. « Je gère la carrière des SPV. Pour signer les conventions avec les entreprises concernant la disponibilité d’un employé SPV par exemple, je me déplace systématiquement avec le chef du centre et le volontaire pour rencontrer l’employeur. Cela se passe très bien, note Emmanuelle Portejoie, responsable du service volontariat au Sdis. J’explique à l’employeur tous les termes de la convention et les avantages qu’il a à recruter un volontaire, pour la propre sécurité de son entreprise. » Bien que le passage aux 35 heures ait parfois causé plus de réticences que de dégagement de temps « libre », « le nombre de conventions de disponibilité s’élève aujourd’hui à 250, et 200 autres conventions ont été signées pour la formation », ajoute Emmanuelle Portejoie. Autre mesure : « Au lieu que le SPV perçoive ses vacations, elles sont données à l’entreprise, ce qui représente une petite contrepartie financière, car le SPV touche toujours l’intégralité de son salaire ». Enfin, nombreux sont ceux qui se félicitent du succès de la départementalisation. Gilbert Favreau, président du conseil d’administration du Sdis et vice-président du conseil général, ne tarit pas d’éloges : « Le système est départementalisé depuis 1972 dans les Deux-Sèvres, explique-t-il. Ici, le lien entre les communes et les centres de secours est très fort. Pour cette raison, les murs des CPI restent aux communes, parce qu’il y a une crainte que la distance ne s’installe entre les centres et les villages. Le coût revient à 42 euros par habitant chaque année ».
sergent-chef françois hibert |
Le SP Mag : Les points positifs du département ? Les spécificités des Deux-Sèvres ? |
Quelques Chiffres |
geographie
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personnel199 sapeurs-pompiers professionnels, dont 1 SSSM, 1 659 sapeurs-pompiers volontaires, dont 93 SSSM, 52 personnels administratifs et techniques, 250 Jeunes sapeurs-pompiers. |
budget12,6 millions d’euros de fonctionnement et 2 millions d’euros d’investissement. |
équipement 67 centres de secours dont 1 CSP (Niort), 5 CS, 26 CIS, 40 CPI. Environ 220 véhicules, dont 1 CMIC, 1 cellule dépollution, 70 VL, 50 VSAB, 50 FPT, 6 EPA, 8 VSR, 38 VTU. |
Nombre d’interventions Entre 15 000 et 16 000 par an ces cinq dernières années. RISQUES PARTICULIERS 6 sites classés Seveso (à Melle et dans la périphérie de Niort), 87 kilomètres d’autoroute 9 % de superficie de forêt, 101 communes sur 303 concernées par le risque inondation. |